A part de ditirambiques billets glanés deci-delà sur la toile, rien si ce n'est mon goût de la littérature jeunesse ne devait me
pousser dans les bras de ce jeune homme et pourtant... Clairement: les dirigeables, c'est pas mon truc, un ancrage historique version seconde guerre mondiale, non merci, un futur prêtre au passé
trouble, mouais...
Mais force est de constater que dès les toutes premières lignes, Timothée de Fombelle nous embarque dans un tourbillon de fantasquitude ( moi aussi je sais le faire, na! ). J'ai simplement adoré toutes les excentricités de ce roman: de la jeunesse bohème de Vango sur Salina à son délirant périple à travers toute l'Europe en passant par les secrets d'Arkudah...
Les personnages "secondaires" sont d'une richesse et d'une complexité génialissime: la si mystérieuse Mademoiselle, le taiseux Mazzerta et son âne Tesoro, le maître du Graf Zeppelin, Hugo Eckener, l'intrépide Ethel ... non , la liste est trop longue et je préfère vous laisser le plaisir de la découverte...
Côté style, là aussi, un sans faute: quand je vous dis qu'on peut écrire pour la jeunesse sans donner dans la démagogie! Ca nous change...
Gros, gros coup de coeur donc! Si je chipote ( et je chipote toujours ), je dirais néanmoins que deux bricoles m'ont perturbée: d'une part le côté invraissemblable de quelques épisodes ( notamment le rôle joué par Staline dans le complot contre l'Oiseau : bon sang mais qu'est-ce qu'il vient faire là! ) et d'autre part l'aspect un peu fouillis de la fin de ce premier tome ( trop d'intrigues annexes y sont développées, à mon goût).
Autre élément à prendre en compte: ce volume n'apporte aucune réponse, aucun dénouement ce qui n'est pas un problème en soit mais il faut le savoir: Vango est une duologie ( si! si! on dit comme ça!), et il me tarde de lire la suite...
A mettre entre toutes les mains, jeunes et moins jeunes, de toute urgence!
Le Pitch (présentation de l'éditeur):
Paris, 1934. Devant Notre-Dame une poursuite s'engage au milieu de la foule. Le jeune Vango doit fuir. Fuir la police qui l'accuse, fuir les forces mystérieuses qui le traquent. Vango ne sait pas qui il est. Son passé cache de lourds secrets. Des îles siciliennes aux brouillards de l'Ecosse, tandis qu'enfle le bruit de la guerre, Vango cherche sa vérité.
Les premières lignes:
Paris, avril 1934
Quarante hommes en blanc étaient couchés sur le pavé.
On croyait voir un champ de neige. Les hirondelles frôlaient les corps en sifflant. Ils étaient des milliers à regarder ce
spectacle. Notre-Dame de Paris étendait son ombre sur la foule assemblée.
Soudain, tout autour, la ville parut se recueillir.
Vango avait le front contre la pierre. Il écoutait sa propre respiration. Il pensait à la vie qui l'avait conduit ici. Pour
une fois, il n'avait pas peur.
Il pensait à la mer, au vent salé, à quelques voix, quelques visages, aux larmes chaudes de celle qui l'avait
élevé.
La pluie tombait maintenant sur le parvis mais Vango n'en savait rien. Allongé par terre au milieu de ses compagnons, il ne
regardait pas fleurir l'un après l'autre les parapluies.
Vango ne voyait pas la foule des Parisiens réunis, les familles endimanchées, la dévotion des vieilles dames, les enfants qui
passaient sous les jambes, les pigeons engourdis, la danse des hirondelles, les badauds debout sur les fiacres, ni les yeux verts, là, sur le côté, qui ne regardaient que lui.
Au fil des pages:
Vango poussa sur la pente de ce volcan éteint.
Il y trouva ce dont il avait besoin.
Il grandit avec trois nourrices : la liberté, la solitude et Mademoiselle. A elles trois, elles firent son éducation. Il
reçut d’elles tout ce qu’il croyait possible d’apprendre.
A cinq ans, il comprenait cinq langues mais ne parlait à personne. A sept ans, ils grimpait les falaises sans avoir besoin
des pieds. A neuf ans, il nourrissait les faucons qui plongeaient sur lui pour manger dans sa main. Il dormait torse nu sur les rochers avec un lézard sur le cœur. Il appelait les hirondelles en
sifflant. Il lisait des romans français que sa nourrice achetait à Lipari. Il montait en haut du volcan pour se mouiller les cheveux dans les nuages. Il chantait des berceuses russes aux
scarabées. Il regardait Mademoiselle couper les légumes avec des facettes impeccables, comme on taille les diamants. Puis il dévorait sa cuisine de fée.
Pendant sept ans, Vango crut qu’il n’aurait besoin de rien d’autre que de la douceur de Mademoiselle, que du monde sauvage de
l’île, que du soleil et de l’ombre de son volcan.
Mais ce qui arriva autour de ses dix ans transforma sa vie pour toujours. A cause de cette découverte, son morceau d’île lui
parut tout à coup minuscule. Ce fut en lui comme un incendie sous la mer. Le monde changea de couleur à ses yeux.
En remettant les pieds sur son petit paradis, il ne pourrait plus jamais s’empêcher de regarder, au-delà des falaises et du
dernier rocher, l’horizon et le ciel.





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